Avec du beurre, c’est bien meilleur
En 2005, les humains sont choyés; il existe un remède pour tous les maux. Et mieux encore, il existe un mot pour chaque remède : de la pommade, de la crème, de la gelée, des capsules, du sirop, de l’onguent… en veux-tu? en v’là! Parlant d’onguent, ne dit-on pas qu’on trouve les meilleurs dans les petits pots?
Mon arrière-grand-mère serait probablement d’un tout autre avis. Son meilleur baume à elle, c’était purement et simplement du beurre. Oui oui, du beurre pour les toasts! Elle beurrait les blessures de ses enfants à grands coups de truelle à béton. Elle sortait sa brique de Lactantia, et en deux temps trois mouvements, le bobo était enduit de beurre. «La douleur va passer dans l’beurre», disait-elle avec une confiance sans épreuve. Et comme par magie, les larmes des mômes séchaient. Du moins, ce n’étaient plus des larmes, mais des mottons de beurre. Mon arrière-grand-mère avait assurément la progéniture huileuse, mais très peu pleurnicharde. C’est tout dire.
Il n’y avait pas de blessure assez importante pour arrêter cette grande dame : des gerçures, des plaies, des brûlures, des coquards, elle beurrait tout. Mon cousin est un miraculé du cube de graisse. Il avait un œil au beurre noir, et en moins de deux, c’était un oeil au beurre jaune.
Mon grand-oncle, lui, s’occupait du barattage. C’est lui qui secouait la crème à longueur de nuit pour faire du beurre en quantité suffisante. La famille était large, dans les deux sens du terme, vous l’aurez deviné. Il brassait dans le chaudron avec sa grande cuillère de bois, mais ça ne donnait pas grand-chose. Il tournait dans l’beurre comme on dit par chez nous!


